Dominique Méda : "les vacances sont des temps de rupture nécessaires"

Dominique Méda1, philosophe et sociologue, spécialiste du travail et des politiques sociales à l’Université de Paris Dauphine, explicite le rôle des vacances dans notre société.

 
 
Dominique Méda (Photo : Philippe Matsas - Flammarion)Quelle est la signification du travail et des vacances d’un point de vue philosophique ?
Même si la signification du travail a radicalement changé au cours des siècles, avec un basculement du travail-tripalium (souffrance) au travail-épanouissement – dont les individus attendent la possibilité d’exprimer leur singularité et de se réaliser –, il reste associé à l’idée d’obligation. Les vacances en revanche apparaissent comme une période pouvant être remplie de façon absolument libre : les cadres classiques qui régentent l’activité professionnelle (la discipline temporelle notamment et l’obligation de rendre compte) et ses modalités (nécessité d’être efficace, performant), ne sont plus de mise.
 
Quels sont les bienfaits des vacances pour l’homme des “temps modernes” ?
Les exigences du travail sont devenues telles que des temps de rupture et de repos sont nécessaires pour “récupérer”. Ensuite, les bienfaits sont multiples : possibilité de se retrouver avec les siens
autrement que dans l’urgence et de renouer les liens familiaux ; de se retrouver en couple, avec ses amis ou simplement avec soi-même ; de découvrir d’autres pays, d’autres personnes, d’autres moeurs ; de créer, d’agir
autrement que selon des formats imposés, d’où le plébiscite français du bricolage ; enfin, possibilité d’avoir des activités qui n’ont pas pour but de produire : se promener, contempler, rêver, faire de la musique, lire, flâner, jouer…
 
Le temps des vacances est-il un temps de détachement au sens philosophique du terme ?
Pas nécessairement. D’abord, les vacances comprennent leur lot d’obligations aussi… Elles sont parfois dégradées ou contaminées par les contraintes professionnelles ou les habitudes que celles-ci ont développées. Je parlerais plutôt de divertissement – y compris au sens pascalien (oubli des contraintes de la réalité quotidienne) – plutôt que de détachement. Mais ce divertissement peut être producteur d’un surcroît de bonheur et de sagesse, comme le détachement…
 
Auteur de Travailler au XXIe siècle. Des salariés en quête de reconnaissance (ouvrage collectif, Robert Laffont, 2015) et de La Mystique de la croissance. Comment s’en libérer (édition Flammarion, Champs Actuel, septembre 2014).
Crédit photo : 
Philippe Matsas - Flammarion
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