Sylvia Pinel : « Les jeunes de 18 à 25 ans et les personnes âgées de plus de 75 ans sont ceux qui partent le moins en vacances »

L’ancienne ministre de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme (16 mai 2012-31 mars 2014) revient sur son engagement pour lutter contre la fracture touristique.

Vous avez fait de la lutte contre la fracture touristique l’une de vos priorités d’action. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Sylvia Pinel – « Dès ma prise de fonction j’ai attaché une attention toute particulière au phénomène du non départ en vacances des Français, puisque nous avons constaté que 46% d’entre eux ne sont pas partis en vacances et que ce taux continue d’augmenter. Afin de réduire cette fracture touristique et combattre les inégalités, j’ai confié en novembre 2012 une mission à Claudie Buisson pour avoir un état des lieux précis et des pistes concrètes pour permettre à plus de personnes de partir. Nous sommes actuellement en phase d’expérimentation pour tester les dispositifs qui marchent le mieux et nous serons en mesure de présenter un plan d’action à l’automne. »
 

Pouvez-vous nous parler des premières expérimentations ?

Sylvia Pinel – « Dès le début de cette année, nous avons mis en place un comité d’expérimentation avec l’Agence Nationale pour les Chèques-Vacances (ANCV), des associations, des collectivités et des professionnels du tourisme. A ce jour, 3 expérimentations de départ à la montagne ont été menées auprès de jeunes âgés de 18 à 25 ans, particulièrement touchés par les difficultés d’accès aux vacances. Elles ont permis d’identifier certains freins au départ et les leviers pour y remédier. Elles ont également mis en lumière les difficultés croissantes des jeunes (apprentis, étudiants, jeunes travailleurs, etc.) à se projeter dans des vacances. De nouvelles expérimentations seront menées cet été, notamment auprès de familles monoparentales et de personnes en situation de handicap. Leurs résultats me seront transmis à la rentrée. »
 

Quels sont, selon vous, les publics prioritaires qui devraient aujourd’hui davantage être aidés dans leur départ en vacances ?

Sylvia Pinel – « De façon générale, les jeunes de 18 à 25 ans et les personnes âgées de plus de 75 ans sont ceux qui partent le moins en vacances. Les jeunes rencontrent plus que les autres des difficultés financières, d’emploi, de formation et parfois de mobilité. Cette année encore, ils seront très nombreux à ne pas partir selon les récents sondages d’opinion et d’intention menés avant l’été. Le futur programme jeunes que l’ANCV est en train d’élaborer viendra compléter le dispositif « Seniors en Vacances », pour répondre aux besoins des publics fragiles. La jeunesse, je vous le rappelle, est l’une des priorités du gouvernement et j’y suis très attachée. Mais les inégalités se creusent pour toutes les catégories de public, et notamment pour les familles recomposées et monoparentales, les travailleurs pauvres, ou encore les personnes en situation de handicap. C’est pourquoi nous mettons tout en œuvre de façon adaptée pour permettre au plus grand nombre de pouvoir partir en vacances. »
 

Comment voyez-vous le rôle de l’ANCV dans le futur plan d’action en faveur du tourisme social ?

Sylvia Pinel – « Dès mon arrivée, j’ai signé un contrat d’objectifs et de performance avec l’Agence Nationale pour les Chèques-Vacances, fixant les priorités pour les 4 prochaines années. Elles portent notamment sur le déploiement du Chèque-Vacances vers des populations qui n’en bénéficient pas actuellement, et vers les TPE et PME. Elles portent également sur le renforcement des programmes d’action sociale existants, avec la création d’un dispositif spécifique de soutien au départ en vacances des jeunes qui vient d’être approuvé par le conseil d’administration de l’Agence, et je m’en réjouis. »
 

Le Chèque-Vacances séduit toujours plus de Français. Pour autant les intentions de départ en vacances sont en baisse. Comment expliquez-vous l’engouement des Français pour le Chèque-Vacances

Sylvia Pinel – « Les prévisions de croissance de l’Agence nationale pour les chèques-vacances (ANCV) en 2013 sont encourageantes, avec un volume d’émission du Chèque-Vacances en augmentation de 4% au premier semestre. Je me félicite de cette progression qui démontre l’engouement de 3,8 millions de salariés (9 millions de personnes en comptant leur famille) à son égard. Elle est liée à la politique de diffusion volontariste de l’ANCV, essentielle en période de crise, et de ses partenaires : d’une part les comités d’entreprise, qui privilégient ce dispositif de soutien au départ en vacances dans le cadre de leur politique sociale et, d’autre part, le réseau des professionnels du tourisme qui se mobilise pour proposer des bons plans. L’ANCV augmente ses performances sur l’ensemble des marchés, et notamment sur les entreprises de moins de 50 salariés (+8%), ce qui permet de poursuivre la réduction des inégalités entre salariés des petites et grandes entreprises. Dans un contexte économique morose, il y a eu 380 000 nouveaux bénéficiaires de Chèques-Vacances en 2 ans. Je rappelle également que le Chèque-Vacances est un chèque solidaire qui est au cœur de la politique sociale du tourisme. En effet, chaque année, l’ANCV finance des programmes d’actions sociales et mène une véritable action de solidarité en direction de 210 000 personnes éloignées des vacances. Elle répond ainsi à l’une des missions prioritaires de mon ministère. »

 

Revenir en haut de la page